EMPÊCHER LA PROPAGATION DE L’ÉPILINKIDÉMIE : destructrice du climat ! Le « marché » est non compatible avec « l’écologie »

Une curieuse épidémie est en train de se propager en France. Apparemment, la source du virus a été identifiée : il s’agirait de l’entreprise ENEDIS, l’entreprise qui a pris la place d’E.D.F. (Électricité de France) dans la distribution de l’électricité en France dans le cadre de la libéralisation du marché de l’énergie. Sans doute est-il temps de s’interroger sur ce virus, afin d’en élaborer des mesures de prévention.

Qu’est-ce que le compteur « Linky » ?
On l’aura compris : il est question, ici, de l’installation des compteurs « Linky », ces compteurs dits « intelligents », ou encore, dans la correspondance d’ENEDIS, « compteurs communicants » dans les foyers français. On notera, au passage, que les choses ont mal commencé – au moins dans le quartier où habite l’auteur de ces lignes.

 

En effet, l’installation des compteurs était annoncée par ENEDIS, dans une lettre d’OK Service, l’entreprise chargée de la pose des compteurs, pour la semaine du 16 au 23 août, et, aujourd’hui, nous sommes le 25 août, et je n’ai pas reçu la visite des installateurs. Passons sur cette première erreur – ou sur ce premier mensonge, et interrogeons-nous sur le compteur Linky et sur le sens de sa substitution aux compteurs traditionnels de la consommation d’électricité.

Alors que le compteur ancien se contentait de mesurer le volume d’électricité utilisé par chaque foyer, le compteur « Linky » met à la disposition du fournisseur d’électricité un détail quotidien de l’utilisation de l’électricité, en la mesurant « à distance », c’est-à-dire hors du lieu de distribution. Bien qu’ENEDIS s’en défende dans la correspondance qu’il a envoyée aux usagers afin de montrer que le compteur « Linky » n’est pas nocif, nul ne peut contrôler l’usage qui sera fait par l’entreprise des données fournies par le compteur. Nul ne peut être sûr que ces données ne pourront pas faire l’objet d’une appropriation par des acteurs malfaisants qui pourront se rendre compte que la consommation a chuté à un certain moment, ce qui montrera une absence des occupants du logement concerné et pourra encourager à une petite visite de cambrioleurs. Nul ne peut non plus être sûr qu’ENEDIS ne commercialisera pas ces données à l’intention de fournisseurs de technologies afin qu’ils puissent les proposer aux usagers de l’électricité.

Le compteur « Linky » est le signe de la libéralisation de la consommation d’énergie et de sa transformation en marché
Car c’est là le véritable problème soulevé par l’installation des compteurs « Linky » : l’énergie est devenue un marché dans lequel l’État n’a pas de rôle à jouer.

 

 Trois raisons sont de nature à nous pousser à refuser l’installation de ces compteurs (et à celle de leurs « cousins », les compteurs « Gazpar » destinés aux nouvelles formes de mesure de la consommation du gaz).

 

La première raison est, justement, la libéralisation de l’énergie et sa transformation en marché. Si l’électricité et le gaz avaient été nationalisés, c’était pour que ce soit l’État, représenté par des acteurs politiques choisis démocratiquement par les citoyens, qui ait le pouvoir sur l’énergie. Au moment, en particulier, où les centrales nucléaires occupent de plus en plus de place dans l’espace et sont de plus en plus nocives, l’absence de contrôle de l’énergie par l’État devient de plus en plus dangereuse.

 

Les habitants de Fukushima, au Japon, pourront en parler facilement après l’accident de la centrale de l’entreprise Tepco. La libéralisation de l’énergie est un nouveau recul de l’État, mais celui-ci est encore plus à refuser que les autres, parce qu’il est dangereux.

 

La deuxième raison pour laquelle les compteurs « Linky » sont à refuser est qu’ils inscrivent l’usage de l’énergie dans la politique d’une société de surveillance. À tout moment, le distributeur d’énergie pourra savoir quel volume d’électricité aura été utilisé, ce qui inscrit l’énergie dans l’ensemble des champs dans lesquels s’exerce la surveillance, jadis dénoncée par Foucault dans « Surveiller et punir », avec la santé, l’éducation ou le travail.

 

Enfin, s’opposer à la libéralisation de l’énergie et à sa transformation en marché, ce dont les compteurs « Linky » ou « Gazpar » sont des sortes de symptômes, n’est pas seulement nécessaire sur le plan politique, car il importe que les citoyens conservent le pouvoir sur l’énergie, c’est devenu urgent. En effet, c’est dans de plus en plus de domaines que l’État abandonne son autorité et sa fonction de régulation de l’espace public. L’État finit par ne plus avoir que le rôle de la surveillance, et c’est cela qui est grave : c’est un recul de plus en plus important du politique.

« Marsactu », 26 août 2018

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